Raymond aubrac fut un résistant de la première heure. Il a été arrété à Caluire en même temps que jean Moulin. Mais il eut la chance d'être libéré, avec plusieurs autres
compagnons, alors qu'ils étaient transférés pour être fusillés, par Lucie aubrac son épouse. Elle a attaqué le convoi pour sauver celui qu'elle aimait. Voici le message qu'il nous a adressé
:
Raymond Aubrac Paris, le 15 octobre
2007
18 rue de la Glacière
75013 Paris
Pour les élèves du Lycée de Caluire,
aux bons soins de Madame Cécile Mansour
Mes jeunes amis,
Parce que vous êtes à Caluire,
parce que le 22 octobre
1941 un jeune garçon de 17 ans, Guy Moquet, a été fusillé
par les nazis,
parce que votre professeur m'a invité à vous
écrire, je voudrais vous confier quelques réflexions.
Ces hommes, ces femmes ces jeunes condamnés à mort
ont laissé des lettre à leurs proches, à leur conjoint,
leur père, leur mère, et nous prenons la liberté de les
publier. De quel droit ? Simplement parce que ces lettres
nous sont adressées, à nous aussi. Leurs auteurs ont combattu
pour nous et ce qu'ils écrivent, à leur dernière
heure, ce message de solidarité humaine, c'est le dernier
acte de leur résistance.
Et nous voici devant les vraies questions : pourquoi
résister ? et comment résister ?
Quand les nazis entrent en France, en 1940, leur grand projet
c'est d'exploiter notre pays, de le piller, pour en
tirer toutes les ressources qui leur seront utiles pour
continuer leur guerre, y compris en installant à Vichy le
gouvernement du Maréchal Pétain, prêt à collaborer avec
eux. Ils vont prendre la moitié de notre agriculture, et
plus de la moitié de notre industrie va travailler pour
eux, tandis qu'ils gardent dans leurs camps près de deux
millions de prisonniers de guerre.
Mais il faut aussi empêcher la France de protester et
de se défendre. Alors on supprime toutes les libertés démocratiques
plus d'élections dans les communes et les départements,
plus d'élections dans les assemblées nationales.
La presse et la radio sont censurées. Le pouvoir nazi
et ses amis français, avec leurs polices qui travaillent
ensemble, organisent la chasse aux communistes, aux militants
syndicalistes, aux juifs, aux tsiganes, à tout ce qui
bouge ou risque de bouger. Leur propagande organise l'admiration
du national socialisme raciste et brutal. C'est
contre cette destruction du pays que va se dresser la Résistance,
pour combattre les injustices.
Celui ou celle qui entre en résistance, c'est d'abord
un ou une volontaire. Personne ne l'a obligé à le faire, il
a pris sa décision lui-même, et c'est très important. Quand
un pays entre en guerre, l'État décide la mobilisation générale
et tous doivent obéir. Au contraire, les résistants,
volontaires, restent responsables de leurs actes.
Mais quels sont ces actes ? Quand on se trouve dans une
situation insupportable, on cherche à "faire quelque
chose". Ce sont des graffitis, des tracts, des journaux
clandestins, des sabotages, toutes choses interdites, comme
il est interdit aux jeunes Bretons de partir en Angleterre
pour s'engager chez de Gaulle. Autrement dit, tous les résistants
ont eu le courage de désobéir.
Les résistants sont donc des patriotes Volontaires
qui ont eu le courage de désobéir, malgré les polices françaises
et allemandes, Gestapo et Milice, qui les pourchassent
impitoyablement.
Mais les résistants ne sont pas isolés. Au début, de
petits groupes se forment qui, petit à petit vont s'organiser
et devenir de plus en plus importants, pour constituer
les Mouvements de Résistance. Près d'eux se mettent en
place des Réseaux français et anglais, chargés de surveiller
l'ennemi et d'organiser des sabotages importants. Mouvements
et Réseaux communiquent avec l'Angleterre et la
France Libre par des postes de radio. Tout autour de ces
organisations, des honnêtes gens sont prêts à rendre des
services : ouvrir une porte pour cacher un résistant pourchassé,
abriter et élever un enfant juif, aider à ravitailler
les maquis où se cachent en s'entraînant au combat les
jeunes qui ne veulent pas partir travailler en Allemagne.
Ainsi, derrière la société "officielle" de Vichy et des
Allemands s'organise une véritable société de solidarité,
de volonté, réglée par les valeurs de la République
"Liberté, Égalité, Fraternité" qui refuse toutes les différences
de religions, de cultures, de classes sociales, et
qui prépare un avenir meilleur avec le combat pour la liberté
et l'indépendance du pays.
C'est dans cette étape d'organisation du combat, mes jeunes
amis, que Jean Moulin, envoyé par le Général de Gaulle pour
construire l'unité de la Résistance, a été arrêté par la
Gestapo à Caluire, chez le Docteur Dugoujon. J'ai eu l'honneur
d'être arrêté avec lui, et le bonheur d'avoir survécu
grâce à l'audace de mon épouse, Lucie Aubrac, qui m'a quitté
il y a quelques mois.
N'oubliez pas que :
LE VERBE RESISTER SE CONJUGUE
TOUJOURS AU PRESENT
Raymond Aubrac
Ce texte nous a beaucoup touché et il nous a donné envie de nous montrer à la hauteur !
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